Main Content

May 12, 2020

La pandémie de COVID 19 a touché, à ce jour, plus de 4 millions de personnes dans le monde et provoqué près de 300 000 décès. Elle s’accompagne d’une « info-démie », avec la propagation virale sur les réseaux sociaux d’informations – fondées ou « fake » - pour le meilleur et pour le pire.

Pour le meilleur, parce qu’elle permet la diffusion rapide des messages relatifs aux gestes barrières, et aussi parce que le partage et l’analyse des tout derniers articles scientifiques offre la possibilité d’une mise à jour des connaissances en temps réel.

Pour le pire, parce que tous les internautes ne disposent pas des clés nécessaires à une lecture critique des posts et articles, ce qui contribue à la diffusion d’informations déformées voire de fake news.

Parmi les idées reçues, la croyance que le SARS-CoV-2 a été créé intentionnellement concernerait 23 % des Américains et 17 % des Français, selon de récents sondages ; et si l’on dénombre tous ceux qui pensent que le virus est issu de la main des hommes, intentionnellement ou non, on atteint respectivement 29 % et 26 %. La croyance a toujours répondu au besoin de trouver des raisons à une situation qui suscite à la fois incrédulité et angoisse au sein de la population. Et l’angoisse est bien là comme en témoigne un sondage IFOP publié le 27 mars dernier qui montrait que 62 % des Français craignaient de mourir du COVID19 et 80 % redoutaient de perdre un proche.

Le complotisme : un mécanisme de défense pour trouver du sens

Devant les catastrophes naturelles, l’homme est désarmé, comme le souligne l’historien Jacques Berlioz, auteur de Catastrophes naturelles et calamités au Moyen-Age. Dans le passé, les légendes autour de la survenue des catastrophes relevaient du surnaturel – punition divine - alors qu’aujourd’hui, du fait de la sécularisation du monde, on accusera plus volontiers la main de l’homme. Ce qui importe à chacun, c’est de trouver un sens, de rendre compte d’un événement absurde : ainsi, comme l’apparition du SARS-CoV-2 ne saurait être le fruit hasard, il est nécessaire, pour une part de l’opinion, qu’elle ait été créée dans un laboratoire. L’explication complotiste permet de surcroît de distinguer des responsables, des boucs émissaires… et la peur de se muer en colère… contre les politiques, contre les médecins et chercheurs qui s’opposent à propos des traitements dégageant une impression de désordre ou d’errance.

Les clés de compréhension de la méthode scientifique

Pourtant, la science n’a jamais progressé de manière linéaire : elle a toujours progressé dans le frottement des pensées, au fil des expériences et des oppositions, comme le soulignait l’épistémologue Thomas Kuhn dans La Structure des révolutions scientifiques. La science progresse avec la construction d’hypothèses, d’études capables de les vérifier ou de les réfuter. La réfutabilité des énoncés (« falsifiability »), chère au philosophe Karl Popper, est au cœur de la démarche scientifique. En avoir conscience permet de déjouer les sophismes.

Les débats houleux autour de l’hydroxychloroquine en sont une illustration. Les réseaux sociaux ont notamment relayé l’opinion selon laquelle l’hydroxychloroquine, aurait été critiquée et écartée à dessein, sous la pression des laboratoires pharmaceutiques, parce que trop bon marché par rapport à d’autres traitements… Et l’opinion de se déchaîner contre des médecins vendus à l’industrie, privant les patients de traitement. Dans les faits, l’opposition entre chantres et détracteurs de l’antipaludéen s’est jouée sur la question de la réfutabilité. Les études menées sans bras de contrôle - c’est-à-dire sans une population repère qui n’a pas pris le traitement - n’ont pas permis d’évaluer celui-ci de façon rigoureuse. Pourquoi ? Parce que l’on ne peut savoir si les patients ont guéri du COVID19 par eux-mêmes ou bien grâce au traitement controversé. Et si l’on a entendu, ici et là, que, sans le médicament, les patients auraient été malades plus longtemps, il s’agit d’une hypothèse ad hoc non vérifiable, d’un jugement sans fondement statistique, d’une opinion.

La polémique a agité le web mais les débats autour de la recherche de traitements ont au moins le mérite de placer la méthodologie scientifique au centre de l’actualité.  En 2018, dans un sondage IFOP réalisé pour BASF, 5 % seulement des Français, 7 % des Allemands, 10 % des Britanniques et 18 % des Américains estimaient avoir une culture scientifique très satisfaisante.

Partager l’information scientifique avec pédagogie

Et si cette crise sanitaire était l’occasion de prendre conscience de l’importance de la culture scientifique ? Les sciences dites « dures » - mathématiques, physiques, chimie, biologie – semblent souvent intimidantes, sans doute parce qu’elles paraissent abstraites, sans doute aussi parce qu’elles sont perçues comme d’implacables outils de sélection des meilleurs élèves. Elles sont pourtant bien là, dans notre vie, indissociables de notre histoire, de l’Histoire, de la philosophie et de toutes les sciences humaines. Les réseaux sociaux foisonnent d’initiatives de jeunes scientifiques, YouTubeurs passionnés qui partagent leur savoir ou décodent les fake news. Ils nous invitent à découvrir ou redécouvrir la science avec une curiosité et une gourmandise sans doute décuplée par le confinement. Le succès de ces chaînes qui attirent en France 30 % des 15-25 ans (sondage ISPOS janvier 2020) témoigne de ce besoin de science.

A nous aussi de nous en saisir et de nous appliquer, dans notre champ d’activité, à faire œuvre de pédagogie. Aujourd’hui, pour expliquer la crise que nous traversons, demain, dans chacune de nos communications pour rendre les découvertes plus accessibles avec des mots simples mais jamais simplistes. Le partage des enjeux de la recherche médicale, le développement de la culture scientifique et l’explication traitements contribuent aussi à l’amélioration de la santé.

Posted By

Véronique Simon-Cluzel

Véronique Simon-Cluzel
Vice President

 

You May Also Like

 
Close Pop-up