Humanisme et Covid-19, une alliance compliquée

May 18, 2020

Je suis frappée de voir combien naissance et, à l’inverse, grand âge sont traités très différemment dans cette crise sanitaire. Pourtant, femmes enceintes, nouveaux nés et grands seniors sont tous considérés comme fragiles et à risque face au COVID-19.

Tandis que les politiques de santé ont pris en compte les recommandations des professionnels de la naissance et ont laissé liberté aux sociétés savantes et aux établissements d’établir les règles, celles-ci sont plutôt venues des politiques et des administrations seules ou presque en ce qui concerne le grand âge, notamment la gestion des Ehpad. Nous avons peu entendu les gériatres, un peu plus les médecins généralistes et beaucoup plus les responsables de fédérations ou d’associations de directeurs d’établissements ou encore les agences sanitaires. Le sentiment prévaut que les décisions, telles que l’interdiction des visites des familles et de l’entourage des résidents, ont été prises sans grande concertation avec les professionnels du secteur. J’entends ceux de terrain, aux côtés chaque jour des résidents de maisons de retraite, qui connaissent le mieux leurs besoins et leurs attentes.

Est-ce cette différence de circuit de décision qui a dicté une mise à mal délétère d’un humanisme indispensable à la qualité du soin dans un cas, celui du grand âge ? Et à l’inverse, le souci constant pour la question de la naissance de garder cette dimension humaine et sociale à ce qui est déjà communément appelé un heureux événement ?

En comparaison, la plupart des représentants des professionnels de la naissance - sociétés savantes ou syndicats - se sont efforcé de garder au maximum une dimension humaine à ce moment si particulier et attendu.

Devant l’inquiétude des futures mères et des couples face aux risques supposés d’une grossesse exposée au Covid-19, face à la décision de certains établissements d’interdire la présence du père ou de l’accompagnant (e) lors de l’accouchement, face aux contraintes imposées par la peur de la transmission du virus au sein des maternités, les sociétés savantes de gynécologie-obstétrique ont plutôt œuvré à la protection d’une dimension humaniste de la naissance. En prenant toutes les précautions indispensables : gestes barrière, limitation du temps de présence auprès de la jeune maman et du nouveau-né, sortie rapide de la maternité quand c’était possible, les représentants des professionnels de la naissance ont privilégié cette approche plutôt que celle du tout sanitaire.

Cela n’a pas été simple devant les inconnues et le lot d’inquiétudes générées chaque jour par l’évolution de la crise sanitaire sans précédent. Le consensus a mis du temps à s’installer, notamment en raison de l’évolution constante des recommandations publiées, et devenues souvent caduques au bout de quelques jours, tant les connaissances sur ce virus étaient fluctuantes.

A l’inverse, le grand âge a été soumis à la contrainte de l’hygiénisme à tout prix. S’agissant du prochain déconfinement et des mesures de protection dont le prolongement était envisagé pour les personnes à risque en raison de leur âge (plus de 65-70 ans a souvent été évoqué), d’Axel Khan, généticien qui a ouvert le bal à André Comte Sponville, philosophe, les voix d’intellectuels français se sont élevées contre la dictature du tout hygiène, plongeant les seniors dans l’isolement et la détresse qui l’accompagnent. Décisions envisagées qui les privaient aussi de leur libre arbitre au nom de la seule sécurité sanitaire.

Est-ce le souci de la bientraitance qui a guidé les professionnels de la naissance dans leurs décisions ? Après des mois de « gynéco-bashing » qui leur reprochait notamment d’exercer leur discipline avec pour seul objectif la sécurité en oubliant trop souvent la dimension humaine de leur exercice, pendant toute cette crise sanitaire sans précédent et qui se prolonge, les gynécologues-obstétriciens semblent déterminés à prouver que je le soin est un humanisme comme l’a récemment écrit la philosophe Cynthia Fleury.

Leur communication régulière depuis les premiers jours de crise, sans attendre qu’on leur impose un modus operandi, a sûrement aussi été déterminante auprès d’une population actrice de sa santé, souvent militante pour une approche participative à son parcours de soin.

Si cela peut être le cas des familles de parents âgés en institutions, cela l’est sûrement moins des résidents eux-mêmes, élément qui entre en ligne de compte dans cette différence de traitement des âges opposés de la vie.

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